[Tribune] – L’Etat et les collectivités doivent (aussi) lancer des campagnes de communication publique pour inciter les particuliers à donner

La dettes et les déficits publics de la France explosent. Face aux baisses continues des budgets, les établissements culturels, les hôpitaux et les universités sont parties en quête, depuis plusieurs années, de nouvelles sources de financement. C’est ainsi, par exemple, que le musée du Louvre a lancé des campagnes d’appel aux dons afin d’acquérir des oeuvres d’art comme Les Trois Grâces de Cranach l’Ancien ou de permettre la restauration de certaines oeuvres comme le monumental porche mamlouk datant du XVème siècle. 

Quant aux universités, elles se sont dotées, pour la grande majorité d’entre elles, de fondations qui lancent régulièrement des appels aux dons, par exemple pour acheter des ordinateurs et les prêter gratuitement aux étudiants (Fondation de l’Université de Lille) ou pour financer des colis alimentaires pour les étudiants les plus précaires (Fondation de l’Université de Bordeaux) ou encore pour promouvoir l’égalité des chances ou la recherche (Fondation de l’Université Perpignan Via Domitia UPVD). Lors des campagnes, selon le souhait du donateur, le don est fléché vers des projets particuliers ou laissé à la disposition de la fondation dans le cadre de ses missions générales. 

Les hôpitaux lancent également des appels aux dons. C’est notamment le cas de l’hôpital parisien Georges Pompidou qui avait publié sur le réseau X (ex-twitter), fin 2023, un appel aux dons pour finaliser l’acquisition du premier scanner à comptage photonique, procédé d’image révolutionnaire mais extrêmement coûteux. Les hôpitaux du Grand Cognac ont fait de même pour « continuer d’honorer leur mission d’accueil et de soins de la meilleure façon qui soit » selon leur site internet. Cet hôpital souligne que les sommes versées et leur utilisation seront rendues publiques et liste des bienfaiteurs figurera sur leur nouveau site internet ainsi que les projets financés grâce aux dons reçus. Le Centre hospitalier Eure-Seine a, pour sa part, lancé un financement participatif pour ouvrir 22 nouveaux lits. Enfin, le CHU de Bordeaux a accroché une longue banderole sur sa façade montrant trois personnels soignants, indiquant « votre soutien nous va droit au coeur » et contenant un QR code géant pour se rendre directement sur la page de don ainsi que l’URL du site pour effectuer un don. 

Certes, nous payons des impôts mais nous savons que cela n’est pas suffisant pour que les services publics locaux et nationaux puissent fonctionner de façon satisfaisante. Il est urgent que l’Etat et les collectivités lancent également des campagnes de communication publique afin d’encourager, pour eux-mêmes, les dons et les legs des particuliers. Les dons (du vivant) et les legs (par testament) peuvent être effectués soit en précisant le but de ce don ou de ce legs (par exemple, construire une nouvelle salle de classe qui portera le nom du donateur ou construire des logements pour les jeunes mères isolées) soit en disant « je laisse la structure publique utiliser le don ou le legs à sa guise » (par exemple, je lègue ma maison à la ville qui lui trouvera la meilleure affectation). 

Faire un don ou un legs à une école publique, à une caserne de pompiers, à une préfecture de police, à une caserne de gendarmerie, à une ville, à un département, à une région est un geste à encourager pour les particuliers. Faire un don permet d’améliorer le service public, l’accompagnement des usagers mais aussi les conditions de travail et le bien-être des personnels. Faire un don permet également aux particuliers de souligner leur attachement fort aux services publics nationaux ou à une collectivité, leur confiance et leur reconnaissance pour leur travail quotidien. La France dispose de services publics de grande qualité grâce à des fonctionnaires et à des contractuels compétents et motivés. Au cours de notre vie, chacun d’entre nous en a sûrement un jour bénéficié. L’Etat et les collectivités ont aussi besoin de nos dons pour que la qualité de nos services publics puisse perdurer.

Damien ARNAUD (tribune publiée en novembre 2025)